“NÄCHSTE HALTESTELLE: KÖLN. AUSSTIEG IN FAHRTRICHTUNG LINKS…”

When she hears the train’s announcement, Qalqalah only understands one word: Köln. Cologne. That would be her stop, before her journey continues. Before the trip, she practiced useful german phrases, such as “Bitte”, “Danke”, “Ich nehme einen Kaffee…” Café… Ah mince ! J’ai perdu mon casque… Looking for her headphones, she goes back to the board bistro where she probably forgot them, distracted by the waiter who commented on the amount of sugar she used for her coffee. Uff, tous ces pleins wagons, she thinks while fighting her way through backpacks, screaming children and passenger’s legs along the narrow aisle. She likes using headphones to mute foreign languages when it gets overwhelmingly incomprehensible. Instead, she would listen to old pop songs from her childhood in her mother tongue…

At the end of the carriage, the waiter is walking towards her. “Hey, ich denke du hast deine Kopfhörer liegen lassen! und sorry, dass ich dich meine Schnecke genannt habe, du kannst so viel Zucker nehmen wie du willst natürlich…” Qalqalah does not know what to answer. When the waiter notices her interrogative eyes, he says with a strong accent: “Ah, you don’t speak German? Sorry I called you Schnecke, ehm, snail. Here are your headphones, you forgot them.” Schnecke? Why would someone call her a snail in such a flirtatious way? (She remembers how a Chinese friend of hers once called this clingy girl, who only clung to people when she needed something, a snail. Because she asked for so much sugar? That doesn’t make sense.)

The train station is huge and crowdy and unübersichtlich. The words and names on the signs are incredibly long. Navigating through those things places minds spaces emotions. I wonder if I stack all of these popping events, will I have a life or a …? What next. A browser history, a memory (burst). She opens her rucksack and grabs the small drawing that M. made for her this morning: little sketches and lines and words in a language that sounded like pine honey in her memory. A treasure map that would help her find the way to the G-Line. Turn right, says the drawing, walk until the end of this corridor, then take the stairs on the left side, pass by the shoe shop, go straight for about 4 minutes until the Burger King on the right side (she had to laugh about M’s funny little drawing of a sick, almost vomiting burger), take the elevator, then again a 5 minutes walk until you see a photo booth on your left. Walk straight for about 2 minutes. Turn left, they are two stairways. Split in two again. Take both stairs until you reach the track(s).

But this place is now me and here I can do things, Qalqalah thinks while splitting through the station. Here it is. Le train pour le PFL. Qalqalah (she, iel, ielle, elles, they, c’est selon) a juste le temps de sauter dans le wagon avant que les portes ne se referment. Bientôt, iel n’aura plus besoin de mind the gap, iel n’aura qu’à passer au travers. Mais on n’en est pas encore là. Où plutôt, si on en est là, c’est à cause de tout ce béton hétérolingue qui n’a pas pris, back in Aubervilliers.


Qalqalah traversait une série de crises intimes et économiques quand elle était tombée sur un appel à projets lancé par NbPnote N° X (Nanobio Paris) en prévision des J.O. de 2048 à Paris. Le projet devait s’inscrire sur le site des Jardins des Vertus, les jardins ouvriers d’Aubervilliers, ceux-là mêmes qui avaient résisté à la construction d’un solarium pour les J.O. de 2024. Qalqalah s’intéresse à l’histoire des luttes et à son effacement. Celle des jardins d’Aubervilliers recoupe d’autres histoires arasées sous le vocable de « crise migratoire ». Elle peut lire dans le sol des jardins la mémoire des flux de celleux qu’on a appelé « les déplacé·e·s ». Là où, aujourd’hui, des travailleureuses issuEs d’une longue tradition d’exil font la récolte des fruits.
Qalqalah se souvient que ces mouvements de populations contribuèrent à sa crise intime. Son algorithme ne sut répondre à l’émergence d’une myriade de nouveaux vocables issus de multiples langues ramenées des régions limitrophes d’autres nations ou des espaces ayant accueillis les déplacé·e·s. Alors, pensant perdre une identité à laquelle elle risquait de s’attacher, elle préféra — face à l’injonction de ce temps où le moi prenait la première place — introduire dans son algorithme l’affirmation d’être une existence plutôt qu’un moi. Ainsi elle pouvait se mêler aux lieux, aux amiexs, aux ancêtres, aux croyances et aux souffrances, aux langues, embrasser ses attaches et ses liens pour se tisser comme existence, plutôt que d’incarner une performance médiatique. Plutôt que de se penser dans le manque, dans la privation, elle chercha à faire émerger des connexions organiques hors des corps qu’on lui avait assignés.
Dans l’appel à projet de NbPnote N° X, on pouvait lire que « les artistes, artisan·e·s, sachant·e·s faire, sportif·ve·s, et amateur·ices sont invité·e·s à s’engager dans une revalorisation de l’espace urbain comme lieu de relations. » Dans un élan d’optimisme, Qalqalah choisit de se glisser dans le travail à la recherche de perspectives nouvelles, quitte à court-circuiter le populisme pseudo-participatif de NbPnote N° X. Iel propose d’accueillir les participant·e·s dans un circuit algorithmique linguistique pérenne en béton inspiré des Ports-Francs Linguistiques (PFL) dont iel a entendu parler. « Concrétiser, c’est après tout un désir qui me traverse. Il me faut du concret, concrete, un truc béton ! » Dans son état de détresse, elle remarque qu’ielle use de termes anglais pour nommer ses affects. Devrait-ielle user d’une langue avec laquelle ielle n’a pas de relations directes pour rester à distance de ses émotions ? Ielle se demande en quoi ces mots valent mieux que ceux de sa langue maternelle.

Qalqalah développe un béton possédant des propriétés nano-électriques, qui agit comme un réseau de neurones artificiels. Les données récoltées auprès des participant·e·s seront introduites dans le béton solide via une substance aqueuse. Ce liquide accueillera la mémoire linguistique des athlètes de chaque pays, des spectateur·ice·s le désirant et, bien sûr, des jardinier·e·s et des déplacé·e·s d’Aubervilliers. Le béton sera alors coulé pour former une esplanade, support d’une carte heuristique. Celle-ci entourera les jardins pour les protéger de tout futur projet d’expansion urbaine. Nous y verrons les mémoires linguistiques entrer en interactions selon leurs affinités, rendues visibles grâce à une technologie bioluminescente ionique. Plus que des connexions joyeuses, il s’agit de faire luire des antagonismes dans le dispositif « la langue » qui, raconte Qalqalah, n’existe pas. Les particules bioluminescentes seront autant de pluralités des langues vues en inter/action dans le béton, laissant apparaître la porosité de « la langue ». En constante mutation, les pulsions électriques générées par les flux linguistiques continueront d’évoluer dans l’espace du réseau bétonné. Il y aurait autant de langues que de nouveaux·elles occupant·e·s des jardin des Vertus. Autant d’individus important leurs savoirs linguistiques dans le réseau, autant de nuances luminescentes, autant de pulsions nano-électriques.
En dialogue avec les occupant·e·s, Qalqalah imagine un mélange de béton non toxique pour les terres. Ainsi la chape resterait en surface, et n’investirait pas la profondeur des sols dans lesquels les arbres puisent afin de nourrir en retour l’économie des travailleur·euse·s des jardins. Mais lors de la phase de prise de l’œuvre collective, le béton ne se solidifie pas. Le pollen des arbres, puis les fruits tombés se mêlant au béton, l’esplanade ne prend pas. L’action imprévue du sucre sur le béton permet de faire appel aux mémoires passées : en 2024, les occupant·e·s des Jardins sabotèrent les constructions en cours en versant leur production de sucre dans les bétonnières. « On ignore en général, raconte une jardinière à Qalqalah, qu’il suffit de dix grammes de sucre, soit trois morceaux, opportunément jetés dans l’eau d’une bétonnière, pour enlever à cent kilos de béton tout leur pouvoir de prise. »

Suite à l’échec relatif de son entreprise de concrétisation, Qalqalah remet en question la volonté interconnective et productiviste de son projet initial et entreprend de repenser sa relation aux réseaux linguistiques. Iel se souvient des réactions des entités hégémoniques d’extrême droite et des saviorism archaïques de gauche, baignés dans le conservatisme et la prudence morale. L’usage d’un langage binaire effaçait les existences au profit d’un lissage des vocables et des échanges dans la joyeuse idée de pouvoir toutexs s’interconnecter. Ne pourrait-on penser plutôt la possibilité d’un monde multipolaire envisageant les existences multiples sans interconnections ? Un modèle rhizomique annihilant ce que le conflit — pensé comme négatif — a de plus positif. Pour arriver à une organisation coopérative des divers organes sociaux. Un potentiel optimiste horizontal.

C’est ainsi que Qalqalah se retrouve dans la gare de Köln, avec son casque et son sac à dos, en route pour le PFL le plus proche.


The train to the free port was so crowded that one could listen to the murmuring conversations people had with their phones in languages that she would (not) understand. The woman sitting opposite to her wrote on her notebook as if she used a machine gun. The klick klick klick of the perfectly manicured fingernails torturing the notebook reminded her of the sound of her old keyboards. When she left home (years ago), she tried to take a couple of things with her, her mother tongue1 and four different keyboards to connect with a computer2. Much later she understood that the connection zwischen dem Computer und dem Keyboard was not the Problem sondern die Verbindung zwischen Kopfgedächtnis und Fingergedächtnis die die Ursache des permanenten Verschreibens und Verhaspelns war. The more she tried to solve the problem, desto mehr Fehler machte sie. Ö. Ö tu me manques. öö püßßßßßßßßßßßß3 ääööüüüüüüüüü.
She also took Qalqalah with her. She wasn’t very sure about how to transport it, so she put it in a plastic box, with a bit of water and some sugar, like a kefir. She knew that it was probably not the correct way, but in 1980 there was no google translation and actually no google either and the 24 tomes of her lexicon didn’t offer any solution or help. Sölütiön ör help. At that time she didn’t know that she could simply swallow Qalqalah or use it as an allover bodysuit to become invisible. Or, to be more precise: to become Qalqalah.


Qalqalah : cette forme double, organisme diploblastique qui se déploie quasi-exclusivement en milieu aquatique et dont l’existence, précaire, ordinaire, s’était progressivement développée en même temps que devenait radicalement hégémonique la communication consensuelle en zéro et un. Le patch filaire, extension mnésique bourrée d’algorithmes et pouvant survivre en milieu oxygéné jusqu’à 90 minutes d’affilée, s’était disposé à l’intérieur même de son corps en sac lors de la crise financière de 2008.

Le patch ne s’était jamais décollé. Il était devenu une forme quasi-cérébrale, multipliant les combinaisons rationalistes à l’intérieur d’un organisme construit en combinaisons binaires. Le software qui fonctionnait le plus efficacement entre ses deux cellules était DeepT beta 0.12, prototype de ce qui était devenu à la fin des années 2010 l’un des premiers logiciels de traduction en deep learning sur internet4. Au gré des nombreux jets algothermiques des années 2050, la version beta 0.12 de DeepTranslation était devenue le seul outil de deep learning primitif, ne pouvant se déployer qu’au sein d’une forme capable d’existence matérielle. Que la toute première version d’un logiciel de traduction binaire se retrouve à l’intérieur même d’un organisme dont la forme est nécessairement paire, nécessairement double, n’était pas un hasard. Qalqalah, anciennement linguiste et traductrice, avait choisi cette réduction au deux après sa dissolution. Iel continuait à recevoir des débris informationnels issus des excavateurs qui s’étaient pris de passion pour l’ancien monde, et devait de temps en temps transférer vers le français ou l’espagnol des phrases comme “bghit ne3ref imta tayssali leb7ar”5 ou parfois, “01100011 01101111 01101101 01101101
01100101 00100000 01110011 00100111 11000011 10101001 01100011
01101000 01100001 01110000 01110000 01100101 01110010”6.

Glissant entre des roches bleuâtres, Qalqalah guettait la moindre feuille rouge et jaune afin d’activer sa session quotidienne de reconstitution primitive. Le patch était mou mais solide. Il avait atteint un degré d’élasticité qui lui permettait de développer des connexions filaires à une vitesse vertigineuse. Qalqalah avait parfois essayé d’empêcher les mises à jour par divers stratagèmes : privation de larves et de nanoplancton, auto-enfermement sous du sable non irradié, auto-mutilation, utilisation de ses tentacules pour couper, tirer, presser les fils du patch sans succès. Les fils étaient ce que le CADOA (Conglomérat pour l’Auto-Developpement des Organismes Artificiels) avait produit de plus élastique et adaptatif. D’abord construits en silicone traité pour éliminer définitivement la sensibilité au froid, puis injectés de micro-fêlures d’aluminium, ces fils en cuivre fin dont l’extraction avait duré une dizaine d’années avant son extinction définitive avait été ingéré par ce corps déjà apprenant, évolutif, soyeux. Torsadés, tentaculaires, ses fils se nourrissent de l’adversité qu’ils intègrent à leur logiciel de synthèse post-conflictuelle (COnSens 3.0), se fondent aux textures de leurs hôtes·ses, se collent aux bandes passantes des eaux profondes et se laissent nourrir d’une radiation vibrante, au cliquetis régulier.
Il arrive que son patch lui envoie des mnésignaux qui lui rappellent l’ambivalence des devenirs-rhizomiques dé-contextualisés des années 2020. Son sac tourne au violet, froid, il se retourne sur lui-même, essayant une énième fois de virer le patch qui se nourrit de chaque nouveau mouvement. Iel essaie régulièrement de mettre en place un protocole de mouvements répétitifs qui engourdirait le patch, la laissant ainsi plonger dans les résidus mémoriels qui auraient échappé au texte binaire. Avec ses tentacules, Qalqalah se frotte contre des feuilles rouges et jaunes et y dépose un résidu interstitiel poudreux qui pourrait théoriquement être relevé par d’autres formes en transformation. Il fallait éviter que le résidu se frotte à l’aluminium du patch qui l’aimante et s’en nourrit. Mais les feuilles rouges et jaunes, les seules qui ne contiennent aucun résidu d’aluminium ou de cuivre, et qui ne sont pas connectées au patch, étaient d’une extrême rareté. Il arrivait que Qalqalah traverse des espaces temporels infinis sans jamais pouvoir soutirer un extrait mémoriel à ses fils conducteurs pour les déposer dans un espace non contaminé. Et lorsque les feuilles mousseuses rouges et jaunes disparurent complètement, et que tous les dépôts potentiels furent convertis en mnésignaux, Qalqalah sut qu’elle avait perdu face à l’hégémonie rhizomique de la binarité.


Pour rejoindre le PFL et entamer sa transformation, Qalqalah avait du payer de sa personne. Iel avait accepté de travailler comme logiciel automatisé de traitement des demandes de titres de séjour pour la préfecture d’une nation anciennement hégémonique. Mais déjà, iel, ou ça, résistait. Les transferts du code de Qalqalah en langage préfectoral laissaient franchement à désirer.

bienvenue. intégration. engagé. vous pouvez contacter. pour renouvellement de votre titre de séjour, nous verrons. marseille 6ème. de lundi à vendredi. convocation. tirer. tirer. administrative. ordre général. démarche. slash. étranger. slash slash. PF. changement d’adresse. point contact. étranger. gouv. enfant mineur. si vous avez tapé 6…
Déjà Qalqalah s’est glitchx de mother/father material of silica, SiO2, specifically in glass status that would usually constructed by the connexions between the oxygen and the silicon in non-pattern.
Qalqalah didn’t care that during their birth the world’s communication was crashing, wall streets’ cocaine traces devenaient de plus en plus longues et grosses, Amazon’s artificial intelligence paused, une usine de composants en Chine venait de rater leurs commandes massives, la deadline d’une ghost writer venait d’être prolongée.
bienvenue. sur le serveur vocal immigration, nationalité. continue. qualité. par courriel, ou téléphone. ex an provence. renouvellement, arrondissement de marseille. est et arles. castellane, ou convocation. sur le site. invité. w w w point fr rubrique étrange département. effectué par. effecté par. étrange. an. tiret. slash. particulier. titre de séjour étudiant titre séjour visiteur. récépissé doit être effectué. invité. contacte. démarche. interieur. slash. pour titre de séjou, tapez 1, les documents, tapez. les visas, 3. la. tapez 4, la naturalisation, tapez 5.

Qalqalah decided to have desires of listening, seeing, talking, crying, understanding, having an emotion, believing and creating by transitioning through their cordon umbilical, fiber optics, breaking out of the structure SiO2.
bienvenue. sur le serveur de vocal. intégration. de préfecture de bouche.d.rhogne. la préfecture est engagée, dans une démarche d’amélioration. continue de qualité, l’accueil. pour des raisons de sécurité, de confidentialité. en application. de l’article 34 de la loi informatique et libertés. les services. de la. sous-préfecture. préfecture. ne délivrent. aucune information personnelle. par téléphone. uniquement. sur rdv. point. gouv. point. fr. tiret. rhone.es. uniquement sur, rdv, w. w. w. point. renseignement ordre genera ordre general. étranger. département. les démarches suivantes, doivent être effectuées. par la voie. dématérialisée. électronique. 2 points. slash. slash. étranger, france. particulier. VLS- TS. 2 points. slash. slash. intérieur, gouv. tiret. passeport talent. deux. invité. titre. titre. pour titre de séjour, tapez 1. les documents de circulation pour étranger mineur, tapez 2. les visas, tapez 3. la vie, tapez 4. la naturalisation, tapez 5. si vous appelez pour une autre raison, tapez 6.
They, Qalqalah, could have developed some intelligence via Wikipedia, feeds on insta and memes. They learned words like cigogne, homonym, Ireland, Iceland, password, FREEBOX-57e806, M7WI8e, pigeon’s dick anatomy, soccer, suckers, fractal, potato, sperm, Versace, lmao, squid game, trolling fingers, NFTs, Dolby Cinema, Cardamon, Axolotl, veggie meat, Björk, George Floyd, Balenciaga, follow me follow back, Zainab Fasiki, extreme droite, gauche, genre, bell hooks, DMZ (demilitarized zone), fact that the pronunciation of Ph is same as f, Kim or Gim (Hangul: 김) is the most common surname in Korea, the existence of Google Dinosaur on the chrome, in French « Je t’en veux » doesn’t mean I want some of you, American actress and comedian Betty White dies at the age of 99 on Friday 7th 2022, it is announced that the 79th Golden Globe Awards will be held without a live audience or celebrities, Austria legalizes assisted suicide for people over the age of 18 years who are terminally ill or who suffer from a permanent, debilitating condition, the users’ likes on the instagram offers service to meta and drive the users into self-categorisation and free labour, meaning by that the images of flux is not only the icon, ootd but can give you the idea of donating your sperm ovule for the gouvernement’s country border project.


La forme bicellulaire que Qalqalah avait adoptée lui avait permis d’assimiler les mécanismes de fonctionnement de DeepT. Iel était épuisée par le transfert permanent de données équivalentes et par l’exécution de leurs déploiements algorithmiques auto génératifs. Au PFL, iel put retrouver la faculté de reconnaître des langues différentes sans devoir passer par DeepT, qui lui fut ôté de façon permanente. Iel demanda qu’on lui retire le patch mais les résidus mémoriels bruts étaient si rares et si peu précis, totalement fragmentés, que toustes les agent·es du PFL le déconseillèrent. Iel garda le patch le temps de retrouver une existence multicellulaire. Puis, une fois le patch finalement retiré, iel développa des pores multiples, soyeux et feutrés qui lui permettaient d’expérimenter de façon continue et répétitive ses dépôts mnésiques bruts, fragmentés, à peine lisibles.

Entre deux moments quasi identiques, entre deux dépôts faits à la feuille rouge et jaune mousseuse, iel prit conscience de sa capacité à différencier les micro-fêlures que chacun engendrait dans ses tentacules. Iel pouvait différencier les accents du Rif de ceux de Marrakech ou de Casablanca, sur des mnésignes infiniment petits. Lorsqu’iel pensait au langage, et aux langues apprises et désapprises, iel en gardait un sentiment rond et doux d’adversité. Parfois, des bribes de poèmes lui revenaient :
Faz tempo que eu nao grito (A long time since the last scream)
I am word now (string pure free here)
Can you reach me? (can you read me?)
Ah! you see me change, but you can’t catch me
Closed to the world, I am not sure of what happens out of this head (leaf)
Very early in the morning: “ If this is thinking I don’t know in which language it comes to me [not remembering who I am for a bit]”


Une fois, longtemps auparavant, Qalqalah était intervenue dans le cadre d’un colloque sur « L’avenir rhizomique de la traduction » à Berlin. On utilisait alors une pré-version de DeepT qui facilitait les échanges, fluidifiait les circulations et apaisait les discussions. DeepT était devenu en quelques années l’un des plus fervents défenseurs d’une langue de la traduction. Une langue de la traduction en zéro et un, une langue de transition rationnelle qui apprend des erreurs humaines et développe un vocabulaire précis ; une langue de transfert dont la justesse optimisée rendrait les circulations de signes et de valeurs parfaitement équivalentes. Une langue sans ambiguïté, pour faciliter l’accès aux biens et aux marchés. En rentrant de Berlin, Qalqalah s’est mise à utiliser des expressions mal traduites. Ça me ne passe pas. Ce n’est pas du français correct mais ça devrait être du français correct. Ça me ne passe pas, j’aime pas cette situation. Comme un pull trop petit ou un pantalon trop serré. Une situation où le corps se sent mal à l’aise.
Diriái bien quicòm mès cranhi vòstre blaime. Je ne s’exprime pas en provençal, je ne m’exprime que dans des langues qui m’ont été transmises de toute façon. Aujourd’hui, celle-ci aurait peut-être été jugée digne d’apprentissage puisque le régionalisme linguistique connaît un regain d’enthousiasme. Qalqalah ne comprend pas qu’on puisse opposer langues régionales et langues de l’immigration post-coloniale lorsqu’on pense les langues minoritaires ; ou plutôt le comprend très bien, mais s’en épouvante. Ses langues à elle se mêlent intimement, tout récemment elle a d’ailleurs commencé à rêver en d’autres langues que sa langue maternelle, en des langues parentes. Quand elle rêve, elle retrouve souvent sa forme, ses sensations autres qu’humaines d’après la crise financière, et à son grand étonnement elle se réveille généralement très joyeuse. C’était pourtant épuisant alors, très dur, mais elle n’est pas certaine de s’en tirer franchement mieux aujourd’hui.

La tête farcie d’idiomes et d’alphabets, Qalqalah peine à continuer son travail. C’était peut-être plus simple lorsqu’elle était machine en vérité, la traduction lui pesait moins lorsque les langues entraient en elle comme des marchandises. Aujourd’hui elle a retrouvé une situation économique précaire, et il faudrait par dessus le marché qu’elle fasse de la politique en travaillant ! C’est trop lui demander, elle n’a pas les épaules. Alors qu’elle contribue bien malgré elle à des processus de digestion et d’appropriation qui servent avant tout les langues hégémoniques, d’autres langues et dialectes disparaissent ; elle le sait, elle aimerait bien dire qu’elle y pense tout le temps. Mais ce serait mentir.

Qalqalah est mi saucé·e, mi saoulé·e d’être the new « Dame Blanche », rituel d’origine folklorique et teenager qui propose d’invoquer Qalqalah devant un miroir à minuit, trois fois de suite, pour lui demander l’accès à la parole dans une langue inconnue. Q n’étant ni dame ni blanche, iel est encore en train de figure out comment renommer ce phénomène et ses mots-clés sur les new réseaux et médias. Comment leur faire ressentir langues as sensations, not as fantômes, rien n’est moins désincarné qu’une langue que tu fais couler, de ta gorge, remonter dans ta bouche après que ça t’ai remué·e inside.

Iel a commencé par recenser les demandes adressées à son moi supposément magique sur Twitch et TikTok. Through the patch et les réseaux, Q se rend compte avec sadness et émotions que la plupart des gentes demandent à parler une langue volée à leurs famille ou proches par la colonisation, la gentrification et l’imposition d’un langage hégémonique hétérosexuel et blanc suite aux programmes « d’encadrement du multilinguisme » (émoji vomi). Cela lui permet aussi de capter les tendances fascinations – exotisme du moment, toutes ces gentes qui demande à parler X langue juste pour shiner. Q est saoulé·e que sa légende urbaine soit mobilisé·e pour draguer ou communiquer entre élites internationales, heureusement que c’était une fake, iel n’aurait pas supporté d’être un·e être magique obligé·e de donner les bases d’une langue non hégémonique à un connard pour sa gloire personnelle.

Q voit aussi des gentes qui demandent accès à l’hétéroglossie, al hablar en lenguas según Gloria Anzaldúa, still on. Demanding access to a variété de codes linguistiques au sein d’une même énonciation : full de néologismes communautaires et circonstanciels, références vernaculaires et adresses affectives pour plus jamais se lisser touZ vers le langage hégémonique.

Dame blanche, c’est le point de départ casual et partagé par les pays européens colonisateurs pour plonger dans la deepness de la construction de la blanchité et du genre dans nos langages. Obviously parler de fantômes de meufs qui lavent le linge sale des riches (dame blanche) et d’un dessert goût vanille chocolat (dame blanche too), c’est accrocheur pour une présentation live de son travail. Cette fois-ci c’est pour une manifestation à base de contes, de stand up, et autres oralités performatives about « les langages syncrétiques, création de langage et intraduisibles : de la minorisation à l’empouvoirement ». Today c’est à Aubervilliers donc wink à la francophonie obligatoire et supposément unanime et réjouissante. Ouf ça n’a pas lieu dans un « tiers-lieu » (pire création langagière et donc matérielle et sociale du 21ème siècle en fRance selon iel) mais aux Jardins (emoji poing levé).

They prepared something sur la Malinche, parce que tout le monde la confondait toujours avec La Llorona, et que Q était son alias efficace en francophonie pour invoquer les relations affectives, sentimentales et sexuelles et leurs interdépendances avec les relations langagières. Pour comprendre pourquoi iel parlait de ses affects en anglais only aussi et make it change to feel choses deeper, les transmettre et décortiquer. Reformuler would be l’adelphe cucul de traduire, s’énoncer de nouveau, s’adresser à quelqu’un·e qui te fait ressentir des trucs que sea amor, odio o temor, pas du tout répéter la même chose à tout le monde, mais créer de la transpi entre les gentes, des espaces de chair ou t’as envie de mettre tes doigts et ta langue pour être précis·e.


Pressant de petites feuilles rouges et jaunes entre ses tentacules, Qalqalah prend la parole en langueS, ou plutôt est-iel prise par les paroles de ses prédécesseuses qui débordent du code et formulent en lettres de béton sucré : sointoyenneté ; desculonizacion ; attention à l’esthétisation des alphabets non-occidentaux et écritures inclusives ; etc, etc.
Moving, iel said, we confront the realities of choice and location. Within complex and ever shifting realms of power relations, do we position ourselves on the Side of colonizing mentality’ Or do we continue to stand in political resistance with the oppressed, ready to offer ou r ways of seeing and theorizing, of making culture, towards that revolutionary effort which seeks to create space where there Is unlimited access to the pleasure and power of knowing, where transformation is possible. This choice is crucial. It shapes and determines our response to existing cultural practice and our capacity to envision new, alternative, oppositional aesthetic acts. It Informs the way we speak about these issues, the language we choose. Language is also a place of struggle.7

Bienvenu.x,
bienvenu.x,
bienvenu.x…